Cette histoire est purement fictive et n'est en aucun cas une prédiction de ma vie.
2084, quelque part en France.
-Assied-toi Stani Junior Junior. Il faut que tu saches qui est réellement ton grand-père, que t'arrêtes d'avoir l'image du vieil homme aux cheveux blancs trottinant ce qu'il peut encore sortir d'énergie, dégainant les billets bleus à chaque fois qu'il te voit pour essayer de se convaincre que tu l'apprécies.
-Grand-père pourquoi tu parles de toi à la 3ème personne ? (précoce le jeune)
-Oui je suis ton grand-père mais je veux que tu saches qui j'ai été avant d'avoir ce joyeux rôle, ce que j'ai fait de ma vie et dans quel monde j'ai vécu. (sénile le vieux il répond pas aux questions qu'on lui pose)
Tout a commencé un samedi d'automne, le 16 Septembre 1989. Le mur de Berlin tenait encore debout.
-Mais t'es super vieux grand-père!
-Ne me coupe pas la parole ou tu vas sentir comme une douleur soudaine sur la joue gauche.
Oui ton grand-père est un peu violent mais il faut le comprendre, il a vécu des choses atroces.
J'ai été élevé à la dure, à l'époque, Sartre aurait pu dire l'enfer c'est l'école. En effet, nous devions nous lever tôt, marcher péniblement par des temps malsains, pour arriver jusqu'au portail de fer et grillage d'acier. J'ai reçu un enseignement catholique en primaire. Le samedi matin nous chantions des conneries idéalistes à la joie de la paix dans le monde et que des volatiles immaculés nommés Colombes seraient la solutions à nos rixes. Pour pâques, grosse mascarade dans la chapelle, avec défilés alignés, chants religieux résonnants dans la coupole à vous filer une migraine diabolique. En définitive c'est à peu près la même chose qu'ailleurs à part que si tu fais une bêtise, tu as droit à une morale biblique.
Oui ton grand-père et la religion ça fait trois, pour la simple raison que je n'aime pas qu'on se paye ma gueule ouvertement en me racontant des histoires à dormir debout et qu'en plus je doive remplir le réceptacle en osier sinon le diable me tannera le cuir jusqu'à la fin des temps.
Si je veux payer pour entendre de jolies histoires, je vais au théâtre.
-C'est quoi grand-père?
-A l'époque, les comédiens étaient de vrais humains, tu vois Pixar et Disney n'avait pas la main mise sur le divertissement. Quand toi tu veux regarder un film, les comédiens ne sont pas vivants...
-Ca je sais grand-père...
-Oui et bien quand j'étais jeune, les comédiens talentueux étaient vénérés et recevaient les ovations du public. Parfois même les comédiens se produisaient face au public sur une scène sans coupage, sans trucage, à la « vraie », sans droit à l'erreur: c'est ça le théâtre mon petit. Tu peux ressentir directement ce que les comédiens veulent te faire passer, tu ries avec eux, tu frissonnes ou tu pleures, mais toujours il y a un véritable échange que tu ne retrouves pas avec ces pixels animés dont tu te gaves.
-C'était mieux avant grand-père?
-C'était différent fils. Mais continuons mon histoire.
A l'adolescence, le sport m'a fait changer. J'en raffolais, parfois même je partais courir seul dans les bois la nuit.
-Mais Grand-père tu avais des problèmes mentaux ?
-Tient tu vois comme ça chauffe la joue et ton oreille siffle d'engourdissement? Ca ça s'appelle une claque, je sais que c'est interdit aujourd'hui mais avant les parents ne savaient faire que ça pour nous remettre dans le droit chemin. Pleure pas ça va passer.
Je disais donc le sport a été ma sortie de secours à une époque où le lycée n'était pour moi qu'une vulgaire obligation de s'asseoir sur une chaise pendant des heures.
Aujourd'hui tout le monde a un corps sculpté par électrostimulation passive, mais à l'époque on n'avait rien sans rien, seul le sport permettait d'avoir un corps qui puisse plaire aux femmes.
Une fois le bac en poche, je me suis juré de ne retourner m'asseoir sur une chaise que lorsque j'étudierais quelque chose qui me botte.
C'est pourquoi j'ai pris un an pour faire ce qu'il me plaisait, j'ai enfourché mon vélo et je suis parti en Amérique du Sud. Aujourd'hui c'est à une heure à peine en JGV (Jet à Grande Vitesse) mais à l'époque ça tenait de l'expédition pas commune.
Et là-bas j'ai roulé, roulé et roulé un mois durant.
Dès mon retour, je me suis mis à vraiment apprécier mon train de vie, à peindre, créer des choses de mes propres mains.
Et chose incroyable, mon voyage au Chili a été perçu par une certaine personne comme une chose incroyable qui faisait de moi un être courageux...
D'ailleurs j'ai juré de me souvenir de cette rencontre pour pouvoir te le raconter un jour. Elle était vraiment proche de la perfection et ..argh... aaah ... appelle à l'aide fils... mon c½ur se bloque... aaah!! ......
-Grand-père! Grand-père!
Pix: Mon grand-père il a fait toutes les guerres...